Jean de Bord "Célébration du 14 juillet dans la forêt" - Pascal THIELL
     
Jean de Bord "Célébration du 14 juillet dans la forêt"
Jean de Bord est un peintre français du XIXe siècle, né à Bordeau. Il fut élève d'Allaux et débuta à exposer au salon en 1870 (sources: dictionnaire Bénézit)

Petit rappel historique de la fête nationale au XIXe siècle :

Sous le second Empire (1862-1870), l’empereur décide de faire du 15 août la fête nationale, même si les républicains parviennent à fêter le 14 Juillet de manière un peu clandestine. Ils continuent après 1870 à honorer cette journée dans une France conservatrice (voir le discours de La Ferté-sous-Jouarre). À partir de 1877, les républicains voient leurs conceptions du pouvoir choisies durablement par le suffrage universel dans le règlement de la crise du 16 mai. En 1878, le débat reprend.
Dans un recueil paru en 1865 intitulés Les Chansons des rues et des bois, le livre deux intitulé « Sagesse » contient dans une partie III, elle-même rangée sous le titre « Liberté, égalité, fraternité », un poème « Célébration du 14 juillet dans la forêt ». Victor Hugo, le poète en exil, commémore seul le jour où « la liberté s’éveillait », les vers sont rédigés en 1859.

Célébration du 14 juillet dans la forêt dans la forêt:

Qu’il est joyeux aujourd’hui
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d’appui
De toute la forêt sombre !
Comme quand nous triomphons,
Il frémit, l’arbre civique ;
Il répand à plis profonds
Sa grande ombre magnifique.
(…)
Tous les ans, à pareil jour,
Le chêne au Dieu qui nous crée
Envoie un frisson d’amour,
Et rit à l’aube sacrée.
Il se souvient, tout joyeux,
Comme on lui prenait ses branches !
L’âme humaine dans les cieux,
Fière, ouvrait ses ailes blanches.
Car le vieux chêne est gaulois :
Il hait la nuit et le cloître ;
Il ne sait pas d’autres lois
Que d’être grand et de croître.
(…)

Étalant mille couleurs,
Autour du chêne superbe
Toutes les petites fleurs
Font leur toilette dans l’herbe.
(…)
Et ce doux monde charmant,
Heureux sous le ciel prospère,
Épanoui, dit gaiement :
C’est la fête du grand-père.

(Victor Hugo)

L’année 1878 est marquée par le débat sur la commémoration du centenaire de la mort du philosophe Voltaire. Le gouvernement réplique en organisant une fête non commémorative mais célébrant la Paix et le Travail, la concorde nationale. Une loi institue la fête du 30 juin. Le gouvernement est particulièrement attentif à ne pas froisser, à ne pas multiplier les signes ostentatoires d’une République victorieuse. Une République casquée (sans bonnet phrygien interdit comme subversif) appuyée que les tables de la Constitution est placée au Champ-de-Mars (O. Ihl). Les musiques de rue furent interdites, comme les banquets de tradition républicaine. Mais cette fête n’a pas de véritable organisation nationale, elle relève des quartiers de Paris, avec une retraite aux flambeaux des gardes républicains à cheval. Olivier Ihl rappelle que si la mémoire de la révolution est volontairement absente de cette date, les trois couleurs du drapeau national sont présentes partout. Rappelons que l’intransigeance du comte de Chambord en juillet 1871 avait conduit Falloux à faire voter par l’Assemblée, pourtant à majorité monarchiste, le maintien du drapeau tricolore contre le drapeau blanc revendiqué par le manifeste du 5 juillet.
La fête couronne aussi l’Exposition universelle de 1878. La France vaincue en 1870, touchée par la Commune, mise à l’écart du concert des nations, entend retrouver un rang. Le suffrage universel, par les élections législatives de l’automne 1877, a résolu la crise politique de l’année précédente en orientant le régime vers une parlementarisation attendue. La fête du 30 juin vient donc à point nommé. Claude Monet ( à travers son célèbre tableau « La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878 ») s’en empare non dans un but politique, mais parce que le spectacle de la rue interpelle le peintre impressionniste.
Cette date du 30 juin n’a pas connu de deuxième célébration. Si, en 1878, elle possède l’avantage de ne froisser aucune susceptibilité politique, de fait elle ne représente rien et n’a pas d’appartenance, ce qui lui interdit de « s’adosser à une mémoire politique » (O. Ihl) et de trouver une postérité. Cependant, la nécessité de fêter la Nation s’impose de toute évidence, la relier à l’héritage révolutionnaire aussi.
(sources : Réseau CANOPÉ, ministère de l’éducation nationale)

Jean de Bord représente ici, sans doute, une fête du 14 juillet (donc semi-clandestine à cette époque) que le poème de Victor Hugo illustre parfaitement. Un témoignage précieux !

Pastel signé en bas à droite et daté 1879. 38x28 cm hors cadre (52x40 cm avec cadre).

Réf: P0021
Prix: 580 €
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